Danser-Bouger-Oser être
               
          Marie Boelaerts


Introduction

Selon les périodes et les civilisations, le corps a été considéré comme une source de santé et d’équilibre ou au contraire ignoré, au profit du développement de l’esprit ou de l’âme. Au cours du 20ème siècle, le corps a repris de l’importance dans l’épanouissement de l’individu. Ainsi, les pratiques sportives se sont considérablement développées et des produits liés au bien-être corporel ont très vite inondé le marché.

La danse est à inscrire dans ces pratiques en tant que réalisation d’ensemble de mouvements corporels volontaires et rythmés, le plus souvent par la musique, phénomène très ancien, présent dans toutes les civilisations. Elle est aussi associée à la fête et au divertissement. Elle facilite le partage, la convivialité, la communication. Elle est devenue sans conteste une forme d’art à part entière, sorte de raffinement et d’esthétique.

Mais, en général, elle se pratique dans des écoles de danses où il faut un bon bagage de danseur, ou bien il faut être en bonne santé mentale et corporelle, jeune, « athlétique », socialement favorisé, avoir une psychomotricité adéquate, une bonne concentration, et encore bien d’autres caractéristiques qui excluent des cours de danse bon nombre de personnes. De plus, cela exclue toutes les personnes qui ne savent pas se déplacer facilement pour aller assister à un cours de danse à l’instar de celles qui sont en milieu institutionnel quelqu’il soit.

Or, la danse est accessible à tous ! Tout le monde peut danser, y trouver du plaisir et un moyen de développement personnel.


Projet : Danser Bouger Oser…

Souhaitant éviter cette exclusion et ce cloisonnement des cours de danse destinés presque uniquement à ce stéréotype de personnes « saines, jeunes et en bonne santé physique et mentale », j’ai voulu créer des ateliers comme :

v      Lieu de découverte de la danse, du mouvement et de la richesse du corps.

v      Lieu d'expression corporelle et d'expression de soi

v      Lieu de non-exclusion et d’ouverture vers l’autre dans la richesse de sa différence, quelle qu’elle soit (mentale, corporelle, culturelle, etc.…).

v      Lieu de remise de droit : « tout le monde a le droit de danser et d’avoir des cours de danse ».

v      Lieu de plaisir, de convivialité et de divertissement.

v      Lieu de développement personnel et d’épanouissement.

 

Objectifs spécifiques : Pourquoi de la danse ?

 

En effet, quels seraient les apports de la danse et quelles sont ces indications dans un milieu institutionnel quel qu’il soit ?

Voici une liste non-exhaustive de ces apports et indications :

·     Humaniser l’institution parfois mal vécue par le résident[1] .(Dans le sens d’apporter le monde extérieur dans l’institution parfois plus fermée. Ex : l’institution hospitalière.)

·     Faire que la personne se sente davantage chez elle dans cette institution en y pratiquant une activité qu’elle aurait choisie et qu’elle n’a pas la possibilité de pratiquer facilement ailleurs.

·     Faire entrer la culture dans les lieux de l’institution (danse africaine, danse orientale, danse funk- hip-hop)[2].

·     Développer la communication entre le résident et les autres résidents, entre le résident et le professeur de danse, entre le résident et l’équipe institutionnelle.

·     Stimuler l’imaginaire dans un monde parfois rationnel de l’institution et de la vie de la personne en incitant la distraction, en favorisant l’évasion. (Par ex, dans les lieux de soins, des ateliers de danse et l’organisation de petits spectacles peuvent apporter des moments de rupture avec le monde institutionnel).

·     Développer la qualité de vie des résidents et de l’équipe institutionnelle par l’introduction d’activités autres que les activités propres à l’institution.

·     Maintenir et/ou développer un moyen d’éveil du corps, des sens.

·     Si c’est nécessaire, prévenir la perte de perception du corps, la perte d’équilibre, la perte de souplesse, des capacités de déplacements, la perte des repères de temps et d’espace.

·     Favoriser la socialisation, la relation, le maintien de l’estime de soi, de l’altérité.

·     Prévention de l’exclusion, maintien de la place au sein de la société et du groupe.

·     Eduquer ou rééduquer la motricité (par ex, en fonction d’un handicap éventuel d’une personne, le danseur va trouver les moyens adaptés, le rythme pour une rééducation du mouvement d’un membre, du corps dans le mouvement), les repères dans l’espace par les déplacements, les changements d’orientation spatiale, la souplesse, l’équilibre, le contrôle du souffle, du rythme cardiaque.

·     Gestion du stress : la danse peut accompagner des moments de détente pour aider la personne à lever des états d’anxiété, d’angoisse.

·     Travail sur les émotions, l’expression de la souffrance morale par une médiation favorisée dans des ateliers de danse et d’expression corporelle libres.

·     Réappropriation du corps après un traumatisme, après des violences.

·     Développement de la concentration, de l’attention, de la créativité.

 

Formation

 

Le fait de pouvoir être professeur de danse tout en ayant les capacités d’adaptation, de communication et d’écoute d’un psychologue sont autant d’atouts pour pouvoir travailler avec qualité auprès d’un large public. Le but est de donner des cours de danse mais avec cet œil et ce bagage humain et empathique, tout en sachant s’adapter aux différentes caractéristiques du public institutionnel.

Mon but est de tenter de donner des cours de danse aux personnes dans les institutions comme ils en auraient dans les écoles de danse. Etant donné que  chaque public a ses forces et ses propres capacités, mon leitmotiv principal est  l’adaptation. Chaque cours de danse sera décliné et organisé en fonction des particularités et des individualités de chacune des institutions.

Ainsi, un cours de danse pour une institution ne sera pas le même pour une autre. Et tant mieux ! Par exemple, des personnes psychotiques ne pourront pas suivre le même cours que des jeunes défavorisés, ou que des enfants en traitements à l’hôpital. Mais à chaque fois, il existe un projet personnalisé pour chacun à définir avec les résidents et l’institution elle-même.

Toutefois, malgré les différences interindividuelles, les fondements d’un cours de danse seront toujours les mêmes :

v      Musiques actuelles et diversifiées.

v      Musiques du monde

v      Apprentissages de mouvements.

v      Apprentissage corps – espace – temps – créativité personnelle.

v      Travail du corps soutenu par une technique , c’est-à-dire un savoir transmissible fait de gestes et de figures spatiales ayant une visée organisatrice.

v      Moment de plaisir, de détente pour soi, d’épanouissement.


 


[1]           Je nommerais ici « résident » la personne séjournant en milieu institutionnel. Je me rends bien compte que ce terme ne correspond pas à toutes les réalités des différentes institutions (par ex, les hôpitaux, les centres de jours, les personnes participants à des activités associatives, les prisons, les centres fermés et bien d’autres encore). Mais j’ai choisi ce terme dans le sens où la personne résidait au moins une partie de la journée, si pas toute la journée, dans l’institution en question. J’espère que ce terme ne vous heurtera pas.

[2]           Ces différentes approches de danse peuvent être enseignées.

 

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